Quercus & Garrulus

Essai de dispersion de Castanea Mollissima par les geais.

A l’initiative de notre adhérent Guillaume Muller, spécialiste en forêts nourricières, Quercus et Garrulus a conduit un essai de dispersion des graines de Châtaignier chinois (Castanea Mollissima) sur une station où les geais avaient déjà montré une appétence pour les châtaignes supérieures à la moyenne. Affaibli par les maladies de l’encre et du chancre, et soumis au réchauffement climatique, le châtaignier européen (Castanea Sativa) présente des dépérissements importants en France. Guillaume Muller nous explique que les châtaigniers asiatiques, pour avoir coévolué avec les agents pathogènes, présentent une résistance à l’encre plus grande. Des programmes d’hybridation et notamment de création de porte-greffes hybrides entre Sativa et Mollissima donnent des espoirs pour l’avenir. Le but de l’expérimentation était de tester la dispersion des graines de Castanea Mollissima par les geais. L’essai a été conduit à l’automne 2025 en Ardèche du Sud. Une table à fruits proposait un compartiment avec des châtaignes mollissima et un compartiment référence avec des châtaignes sativa d’origine locale. Les graines étaient choisies de calibre comparable car les geais ne peuvent transporter dans leur bec que des châtaignes petites à moyennes. L’expérimentation était enregistrée par piège photographique. Voici les résultats obtenus à l’issue du protocole : En conclusion, les geais ont montré la même appétence pour les graines de Castanea Mollissima que pour celles de Castanea Sativa. Ces résultats confirment deux hypothèses attendues : Le geai au travail :

Rencontre avec les Rayons Ligneux autour des semis assistés en Ardèche Cévenole.

Antoine, Maxence et Yannig ont créé l’association Les Rayons Ligneux à l’issue de leur Master en Science du Bois et sillonnent depuis deux mois une partie de l’Europe à vélo pour réaliser leur documentaire sur les forêts et le changement climatique. Après plus de 2000 kilomètres à visiter, rencontrer, échanger, ils font une escale en Ardèche du Sud pour échanger autour des Semis Assistés par les Geais. Malgré des conditions humides et froides d’une fin Novembre, la rencontre se fait autour d’un dispositif de Semis Assistés par les Geais qui suscite plus de questions qu’il nous apporte de réponse. Après des échecs répétés pour attirer les geais sur les tables à glands alors que les oiseaux sont très présents sur place, Quercus et Garrulus voulait comparer cet automne l’appétence des geais pour des châtaignes d’une part, et des glands d’autre part (disposés dans des compartiments séparés du bac). Les châtaignes provenaient de châtaigniers locaux ; les glands offraient un mélange de chêne pédonculé, chêne pubescent et chêne vert, de provenances proches ou locales. A notre grande surprise, seules les châtaignes étaient prélevées par les geais et les glands étaient systématiquement boudés, à l’exception des quelques-uns prélevés une fois le stock de châtaignes épuisé. Contrairement à toutes les observations généralement faites où les geais prélèvent majoritairement des glands et minoritairement des châtaignes (dans un rapport moyen de 1 à 10), cette expérience produit des résultats presque opposés. Nous sommes rejoints par Laurent Golliard, gestionnaire ONF du secteur qui nous fait part des mêmes difficultés à faire disperser les glands par les geais sur les six tables à fruits récemment installées sur les forêts publiques des communes voisines. Ces observations nous interrogent d’autant plus que l’année correspond à une faible fructification des chênes et alors que nous voyons les geais très actifs aux alentours : Autant de questions qui nous incitent à poursuivre l’expérience dans les prochaines années et autant de pistes de réflexion sur la possibilité d’utiliser le Semis Assisté par les Geais plus directement ciblé pour la régénération naturelle des châtaigniers. Merci aux trois jeunes reporters qui reprendront dès le lendemain leur périple cyclo-forestier à la rencontre de nouvelles initiatives et expériences avec l’objectif d’arriver à Bordeaux avant Noël. Nous leur souhaitons bon courage et continuerons de suivre leurs aventures. Pour en savoir plus sur le documentaire des Rayons Ligneux : https://linktr.ee/lesrayonsligneux?utm_source=ig&utm_medium=social&utm_content=link_in_bio Antoine, Yannig, Maxence – Les Rayons Ligneux

Semis Assistés par les Geais dans les forêts de l’Abbaye de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche.

Sur proposition de Quercus & Garrulus, la communauté monastique de l’Abbaye de Notre-Dame des Neiges a choisi d’initier un programme SEMAGE (Semis Assistés par les Geais) cet automne. Le domaine forestier situé entre 900 et 1100 mètres d’altitude est riche et varié bien que dominé par les résineux (sapin, épicéa, douglas). Remontant des Cévennes, en versant sud, le chêne s’implante progressivement et semble trouver des stations favorables. Pour cette première campagne 2025, le dispositif est utilisé avec deux objectifs (les glands sont issus de peuplements de la Région AURA situés à environ 500m d’altitude) : Le dispositif pourra être renouvelé sur plusieurs années en alternant des glands de chênes sessile et pédonculé. Un suivi quantitatif et qualitatif est prévu avec travaux d’accompagnement si nécessaires (repérages, protection, dégagements).

«L’Oiseau et l’Arbre», superbe film sur la symbiose végétal-animal

Tout comme le geai des chênes, le Cassenoix d’Amérique (Nucifraga columbiana) a développé une symbiose exemplaire avec le Pin à écorce blanche (Pinus albicaulis) en Amérique du Nord. Les deux oiseaux appartiennent à la famille des corvidés et partagent cette particularité de stocker des graines au sol pour se constituer des réserves de nourriture pour l’hiver. A la différence des autres pins, le Pin à écorce blanche possède des grosses graines dépourvues d’ailes, donc incapables d’être dispersées par le vent (comme les glands des chênes). Seul un auxiliaire animal est donc capable de disperser les graines et d’assurer la régénération naturelle de cette essence : le Cassenoix d’Amérique cueille les graines sur les cônes de pins, les transporte dans son jabot (près de 100 graines à la fois) et les enterre au sol sur un large périmètre. Chaque oiseau disperse ainsi jusqu’à 98 000 graines à l’automne ! Une grande partie de ces graines sont oubliées au sol et permettent à de jeunes pins de germer et d’assurer le renouvellement des forêts des Montagnes Rocheuses. Le film a été tourné dans le Parc de Yellowstone aux Etats-Unis et nous éclaire aussi sur les interactions trophiques entre les graines d’arbres et les différents animaux qui s’en nourrissent (oiseaux, rongeurs, ours, etc) Dans les Alpes, le Cassenoix moucheté (Nucifraga caryocatactes) est aussi connu pour avoir cette relation symbiotique avec l’Arolle (Pin Cembro – Pinus cembra) en zone de montagne. Voici un film du Muséum d’Histoire Naturelle réalisé en Vanoise :

Article Ornithomédia sur le reboisement des chênes par les geais

Ornithomédia, site web référence pour l’ornithologie en France, publie une interview de Quercus et Garrulus en abordant plusieurs aspects de la relation symbiotique entre les chênes et les geais et ses implications pour la régénération forestière. L’article accorde un éclairage particulier sur le dispositif de Semis Assistés par les Geais, ses aspects pratiques, son rôle économique et sa pertinence dans le cadre du changement climatique. A voir absolument en fin d’article la vidéo très explicite d’un geai pris en flagrant délit de cache d’un gland au sol (source : Philippe Boissel, naturaliste amateur) Lien vers l’article Ornithomédia :

Campagne de crowdfunding 2025: Plantons des chênes avec les geais.

A l’automne, chaque geai disperse 5000 glands de chênes dont la moitié restera en terre pour donner de jeunes arbres. Cette symbiose végétal-animal, vieille de millions d’années, permet aux chênaies françaises de se renouveler naturellement et gratuitement. Entre Septembre et Novembre, des forestiers, des bénévoles installent des tables à glands à destination des geais pour reboiser, enrichir, et adapter nos forêts. Cette technique appelée “Semis Assistés par les Geais” est aujourd’hui essentielle pour aider la migration et l’adaptation des chênes au changement climatique. L’association Quercus et Garrulus aide les forestiers à mettre en place les semis assistés en les conseillant, en organisant des collectes de glands, en fournissant des bacs et des pièges photos pour observer et étudier le travail des geais en action. En participant à notre campagne automnale, toujours plus de bacs à glands seront installés dans les forêts françaises. Lien vers la campagne de crowdfunding 2025 : https://www.helloasso.com/associations/quercus-et-garrulus/collectes/plantons-des-chenes-avec-les-geais

Vidéo du CNPF: Alexis Ducousso (INRAE) revient sur la reconquête des chênes en Europe grâce aux geais.

geai cnpf

Généticien à l’INRAE de Cestas, Alexis Ducousso revient, à la demande du CNPF, sur un sujet d’étude qu’il connait bien : la reconquête des chênes en Europe à la suite de la dernière glaciation (-13 000 ans). A cette époque, seul le sud de l’Espagne, de l’Italie et de la Turquie avait conservé quelques peuplements de chênes. La lente remontée des températures en Europe a permis à cette essence de remonter vers le nord à des vitesses assez importantes : en 7 000 ans, les chênes avaient recolonisé l’ensemble de l’Europe. Il apparait dans cette histoire le rôle disséminateur crucial du geai des chênes mais aussi des phénomènes de migration à très longue distance non encore élucidés. L’appétence particulière du geai pour les glands de chêne pédonculé (essence pionnière) n’est pas étrangère à la colonisation de nouveaux espaces par le chêne. C’est l’occasion pour Alexis Ducousso de rappeler qu’une très grande majorité d’essences de chênes européens sont thermophiles et sont autant de sources d’inspiration pour les forestiers dans leur réflexion à propos de la migration assistée face au changement climatique. Lien vers la vidéo :https://www.google.com/search?q=cnpf+la+reconquette+des+chenes&rlz=1C1CHBF_frUS840US840&oq=cnpf+la+reconquette+des+chenes&gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIKCAEQABiABBiiBDIKCAIQABiiBBiJBTIKCAMQABiABBiiBDIHCAQQABjvBdIBCTgyODhqMGoxNagCCLACAfEFHLMF_YZYsoE&sourceid=chrome&ie=UTF-8#fpstate=ive&vld=cid:fc11d955,vid:QI74rnZCJKs,st:0

Suisse: ProQuercus lance un programme de semis assisté par le geai des chênes sur 3 ans.

proQuercus

L’association ProQuercus agit depuis 2001 pour la promotion du patrimoine naturel et culturel du chêne en Suisse. Il faut savoir que, contrairement à la France, le chêne y occupe une place très minoritaire : seulement 2% du volume sur pied du pays sont des chênes. Afin d’encourager la régénération naturelle du chêne, ProQuercus vient de lancer en 2024 un programme original de semis assisté par les geais à destination des gestionnaires et propriétaires suisses. Patrick Bonfils, ingénieur forestier et responsable du programme chez ProQuercus, nous livre des précisions intéressantes à ce sujet. Le programme propose la mise en place de semis assistés par les geais, avec incitation financière, sur la période 2024-2026, soit trois années de suite. L’objectif principal est la régénération sur des stations entre 3 et 20 hectares où le chêne est peu présent. A l’issue de la campagne 2024, 13 projets ont démarré dans le pays, principalement en forêt publique. Un suivi du dispositif est prévu au moyen d’un questionnaire d’évaluation envoyé en décembre après chaque campagne automnale. Une autre idée intéressante du programme de ProQuercus consiste à inciter les porteurs de projet à communiquer leur expérience auprès de la société civile par des journées d’action, pour informer un public large sur l’importance du chêne et de sa symbiose avec le geai. Pour en savoir plus sur le programme de semis assistés par les geais de ProQuercus : https://www.proquercus.org/bienvenue/le-ch%C3%AAne/semis-assist%C3%A9-par-le-geai-des-ch%C3%AAnes Nous suivrons avec intérêt le déroulement de ce programme dans les prochaines années.

7 décembre 2024: REOUVERTURE DE NOTRE DAME DE PARIS. La majorité des chênes utilisés dans le chantier de Notre Dame ont été plantés par le geai des chênes.

Chantier Notre-Dame de Paris

On a beaucoup parlé, à juste titre, des 2000 chênes récoltés pour reconstruire la flèche et la charpente de Notre Dame. Il faut reconnaître que le défi était de taille pour récolter, tailler et assembler tout ce bois chêne en temps record. Toute la filière chêne française s’est mobilisée, associant forêt publique et propriétaires privés dans un même élan, pour fournir les 2000 arbres nécessaires au chantier de reconstruction de la cathédrale. L’association Quercus & Garrulus souhaite associer à la célébration de la réouverture de Notre Dame cet oiseau assez discret, bien connu des forestiers pour son rôle central de bâtisseur des chênaies françaises : le geai des chênes. Inlassablement, depuis des millénaires, chaque automne, les geais dispersent et cachent dans le sol près de 2 milliards de glands en France, dont ceux qui resteront au sol pourront germer en jeunes chênes. Dans son étude de 1979, Bossema dénombre en forêt que 59% des jeunes chênes sont issus de glands semés par les geais. Cette symbiose végétal-animal millénaire rend des services écosystémiques considérables pour la population française. A la production de bois, s’ajoutent la captation du CO2, l’agrément de nos belles chênaies, et l’habitat pour une grande diversité d’espèces. Pourtant, le défi posé par la vitesse du changement climatique en cours, est celui de la migration des chênes vers le nord et en altitude, dans des proportions bien supérieures à ses capacités d’adaptation. En s’appuyant sur les dynamiques naturelles, les geais sont les associés indispensables des chênes pour accélérer leur migration. Le dispositif de Semis assisté par les geais est nouvel un outil puissant, souple et économique à la disposition des forestiers. L’association Quercus & Garrulus a pour mission de promouvoir ce dispositif et d’accompagner les forestiers qui l’adoptent. Le geai, premier reboiseur de chênes, cela mériterait bien une petite statue entre deux gargouilles de Notre Dame…