Quercus & Garrulus

Gestion post-incendies : les geais peuvent nous aider.

Après les incendies importants qui touchent les différentes forêts françaises cet été, va se poser la question du reboisement post-incendie. Nous connaissons les talents de reboiseur du geai grâce à son activité compulsive de cache de glands dans le sol à l’automne – on estime que chaque année la population de geais renouvelle quelque 135 000 hectares de chênes en France. Par ailleurs, nos essences autochtones de chênes offrent des possibilités de reboisement intéressantes car certaines sont thermophiles, résistantes au feu et s’adaptent à des stations pauvres ou perturbées. Examinons comment le Semis Assistés par les Geais (SEMAGE) est un outil à envisager pour réparer et adapter les espaces forestiers après les destructions massives du feu.   De nombreuses études (Bossema 1979, Tiede et Herzog 2004 , Pesendorfer 2016) ont montré que les geais dispersent prioritairement les graines sous des couverts diffus, idéalement compris entre 30 et 60% de couvert, permettant une bonne mise en lumière des jeunes plantules de chênes. Les oiseaux cachent peu dans les forêts très denses mais s’accommodent de trouées petites à grandes et apprécient aussi les zones de transition (lisières, pistes forestières). Toutes ces études sont confirmées par nos expériences de terrain. Une étude espagnole (Perez-Camacho 2023) montre qu’en disposant les tables à fruits à l’extérieur des zones boisées, les geais cachent la plupart des glands en zone ouverte. Nous ne possédons pas d’étude ou de cas pratique documenté sur l’étendue de la dispersion des glands par les geais en zone incendiée. En revanche, de nombreuses expériences en zone perturbée (chablis, dépérissement) indiquent que les geais sont actifs à partir du moment où la canopée n’est pas fermée et qu’ils y trouvent des points de repères pour mémoriser spatialement leurs caches. Les zones incendiées, avec des structures verticales (troncs brulés) et des structures au sols sont des terrains qui présentent ces caractéristiques. Dans le cas de forêts à base de chênes et de pins comme celle de Fontainebleau, le Semis Assisté par les Geais peut être un outil efficace à envisager pour reconstituer la structure de la chênaie brulée. Cela peut être l’occasion d’adjoindre des graines plus thermophiles en anticipation du réchauffement climatique.   Le geai des chênes est inféodé à de nombreuses essences de chênes différentes sur son aire de répartition eurasiatique. A l’exception de quelques particularités locales, les oiseaux dispersent les glands de nos 7 essences de chênes autochtones : pédonculé, sessile, chevelu, pubescent, vert, liège, tauzin. Il est donc possible d’utiliser le Semis Assisté par les Geais en adaptant l’essence des graines en fonction de l’objectif sylvicole défini par le propriétaire ou le gestionnaire qui tiendra compte des différentes caractéristiques de sa station et des anticipations vis-à-vis du réchauffement climatique. Ainsi, des essences résistantes au feu (chêne liège) ou des essences plus thermophiles (pubescent, vert, tauzin) pourront être privilégiées et mélangées pour obtenir des peuplements plus robustes grâce à une plus grande variété génétique. Le Semis Assisté par les geais permet d’accélérer la migration latitudinale et altitudinale naturelle des chênes en proposant aux oiseaux des glands récoltés plus au Sud ou à plus basse altitude. Nous avons documenté un exemple de semis réussis à 1100 mètres d’altitude à partir de graines de chênes pédonculés ou sessiles récoltés à 500 mètres d’altitude. Différentes expériences de terrain montrent que les geais dispersent également, bien qu’en quantité moindre, des châtaignes, des noix ou des faines de hêtres. En revanche, ils ne dispersent pas les glands du chêne rouge d’Amérique, essence non autochtone.   Contrairement aux idées reçues, les geais ne vivent pas que dans les chênes, bien au contraire. Oiseaux discrets, ils aiment nicher dans des endroits bien cachés et ils apprécient le couvert dense et persistant des résineux. On trouve des populations importantes d’oiseaux dans des pessières, des douglaseraies ou des pinèdes. Il suffit parfois de quelques chênes isolés à portée de vol des geais pour satisfaire leurs besoins annuels de glands. Les expériences de Semis Assistés par les Geais sous des pinèdes (sylvestre, maritime, noir) sont souvent particulièrement réussies car les oiseaux y trouvent souvent les conditions de couverts optimales (30-60% de couvert). Après semis, la mise en lumière des jeunes chênes est également très favorable. Après deux ou trois ans de SEMAGE, il est possible d’obtenir des régénérations naturelles de l’ordre de 500 à 2000 semis à l’hectare. Exemple de semis de chênes bien espacés sous des pins sylvestres : Dans les pinèdes incendiées pures (comme la forêt landaise) ou très majoritaires (comme la forêt près de Die, Drome), le Semis Assisté par les Geais peut être un outil efficace à envisager pour reconstituer des peuplements plus diversifiés ou pour insérer des ilots de feuillus en alternance avec les pins.   Comme certains autres arbres à graines lourdes (noyer), les chênes investissent prioritairement dans leur système racinaire lors de la germination, notamment par la constitution d’une racine pivot très profonde. La grande partie de l’énergie stockée dans les cotylédons du gland servent à la constitution de ce système racinaire avant même l’émergence aérienne de la plantule (voir schémas ci-dessous). Plusieurs études (Lebourgeois 2002, Zadworny 2021) montrent que l’enracinement profond de la racine pivot des chênes est un atout considérable de l’arbre pour la résistance aux sécheresses. La racine pivot et les nombreuses radicelles jouent le rôle d’un « ascenseur hydraulique » puisant l’eau disponible à grande profondeur. Une étude récente (Juan-Ovejero 2025) montre qu’un chêne liège dont la racine pivot a été sectionnée en pépinière est incapable de reconstituer la racine d’origine et va élaborer un système racinaire alternatif moins profond (schéma ci-dessous). A ce titre le semis direct de glands en terre, comme le permet le travail des geais, conserve les aptitudes intactes de l’arbre pour résister à la sécheresse à long terme.   Un coût de régénération divisé par 10 par rapport à une plantation en plein Lorsque les conditions sont propices, le reboisement grâce aux geais est beaucoup moins coûteux que par des moyens humains. Nous avons documenté un exemple de régénération de chêne sur une parcelle de 1 hectare en Lozère conduit … Lire la suite

Quercus et Garrulus participe au symposium OPTMix de l’INRAE le 9 juin 2026

Du 8 au 12 juin a lieu le symposium OPTMix organisé par l’INRAE à Nogent sur Vernisson (45). Le thème de cette 10ème édition est le suivant : « Adapter la gestion forestière au changement climatique ; moduler la composition et la densité des peuplements et contrôler la pression du gibier ». Dans ce cadre, Quercus et Garrulus est invitée à présenter le 9 juin un résumé de nos travaux sur la symbiose chêne-geai en mettant l’accent sur des résultats concrets de migration assistée des chênes grâce au Semis Assistés par les Geais. Le cas pratique exposé s’intitule « Migration assistée du chêne sessile et du chêne pédonculé à 1100 mètres d’altitude en Lozère ». Cette rencontre sera l’occasion d’échanges fructueux avec le monde scientifique sur les enjeux du changement climatique pour la gestion forestière.

Essai de dispersion de Castanea Mollissima par les geais.

A l’initiative de notre adhérent Guillaume Muller, spécialiste en forêts nourricières, Quercus et Garrulus a conduit un essai de dispersion des graines de Châtaignier chinois (Castanea Mollissima) sur une station où les geais avaient déjà montré une appétence supérieure à la moyenne pour les châtaignes. Affaibli par les maladies de l’encre et du chancre, et soumis au réchauffement climatique, le châtaignier européen (Castanea Sativa) présente des dépérissements importants en France. Guillaume Muller nous explique que les châtaigniers asiatiques, pour avoir coévolué avec les agents pathogènes, présentent une résistance à l’encre plus grande. Des programmes d’hybridation et notamment de création de porte-greffes hybrides entre Sativa et Mollissima donnent des espoirs pour l’avenir. Le but de l’expérimentation était de tester la dispersion des graines de Castanea Mollissima par les geais. L’essai a été conduit à l’automne 2025 en Ardèche du Sud. Une table à fruits proposait un compartiment avec des châtaignes mollissima et un compartiment référence avec des châtaignes sativa d’origine locale. Les graines étaient choisies de calibre comparable car les geais ne peuvent transporter dans leur bec que des châtaignes petites à moyennes. L’expérimentation était enregistrée par piège photographique. Voici les résultats obtenus à l’issue du protocole : En conclusion, les geais ont montré la même appétence pour les graines de Castanea Mollissima que pour celles de Castanea Sativa. Ces résultats confirment deux hypothèses attendues : Le geai au travail :

Rencontre avec les Rayons Ligneux autour des semis assistés en Ardèche Cévenole.

Antoine, Maxence et Yannig ont créé l’association Les Rayons Ligneux à l’issue de leur Master en Science du Bois et sillonnent depuis deux mois une partie de l’Europe à vélo pour réaliser leur documentaire sur les forêts et le changement climatique. Après plus de 2000 kilomètres à visiter, rencontrer, échanger, ils font une escale en Ardèche du Sud pour échanger autour des Semis Assistés par les Geais. Malgré des conditions humides et froides d’une fin Novembre, la rencontre se fait autour d’un dispositif de Semis Assistés par les Geais qui suscite plus de questions qu’il nous apporte de réponse. Après des échecs répétés pour attirer les geais sur les tables à glands alors que les oiseaux sont très présents sur place, Quercus et Garrulus voulait comparer cet automne l’appétence des geais pour des châtaignes d’une part, et des glands d’autre part (disposés dans des compartiments séparés du bac). Les châtaignes provenaient de châtaigniers locaux ; les glands offraient un mélange de chêne pédonculé, chêne pubescent et chêne vert, de provenances proches ou locales. A notre grande surprise, seules les châtaignes étaient prélevées par les geais et les glands étaient systématiquement boudés, à l’exception des quelques-uns prélevés une fois le stock de châtaignes épuisé. Contrairement à toutes les observations généralement faites où les geais prélèvent majoritairement des glands et minoritairement des châtaignes (dans un rapport moyen de 1 à 10), cette expérience produit des résultats presque opposés. Nous sommes rejoints par Laurent Golliard, gestionnaire ONF du secteur qui nous fait part des mêmes difficultés à faire disperser les glands par les geais sur les six tables à fruits récemment installées sur les forêts publiques des communes voisines. Ces observations nous interrogent d’autant plus que l’année correspond à une faible fructification des chênes et alors que nous voyons les geais très actifs aux alentours : Autant de questions qui nous incitent à poursuivre l’expérience dans les prochaines années et autant de pistes de réflexion sur la possibilité d’utiliser le Semis Assisté par les Geais plus directement ciblé pour la régénération naturelle des châtaigniers. Merci aux trois jeunes reporters qui reprendront dès le lendemain leur périple cyclo-forestier à la rencontre de nouvelles initiatives et expériences avec l’objectif d’arriver à Bordeaux avant Noël. Nous leur souhaitons bon courage et continuerons de suivre leurs aventures. Pour en savoir plus sur le documentaire des Rayons Ligneux : https://linktr.ee/lesrayonsligneux?utm_source=ig&utm_medium=social&utm_content=link_in_bio Antoine, Yannig, Maxence – Les Rayons Ligneux

Semis Assistés par les Geais dans les forêts de l’Abbaye de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche.

Sur proposition de Quercus & Garrulus, la communauté monastique de l’Abbaye de Notre-Dame des Neiges a choisi d’initier un programme SEMAGE (Semis Assistés par les Geais) cet automne. Le domaine forestier situé entre 900 et 1100 mètres d’altitude est riche et varié bien que dominé par les résineux (sapin, épicéa, douglas). Remontant des Cévennes, en versant sud, le chêne s’implante progressivement et semble trouver des stations favorables. Pour cette première campagne 2025, le dispositif est utilisé avec deux objectifs (les glands sont issus de peuplements de la Région AURA situés à environ 500m d’altitude) : Le dispositif pourra être renouvelé sur plusieurs années en alternant des glands de chênes sessile et pédonculé. Un suivi quantitatif et qualitatif est prévu avec travaux d’accompagnement si nécessaires (repérages, protection, dégagements).

«L’Oiseau et l’Arbre», superbe film sur la symbiose végétal-animal

Tout comme le geai des chênes, le Cassenoix d’Amérique (Nucifraga columbiana) a développé une symbiose exemplaire avec le Pin à écorce blanche (Pinus albicaulis) en Amérique du Nord. Les deux oiseaux appartiennent à la famille des corvidés et partagent cette particularité de stocker des graines au sol pour se constituer des réserves de nourriture pour l’hiver. A la différence des autres pins, le Pin à écorce blanche possède des grosses graines dépourvues d’ailes, donc incapables d’être dispersées par le vent (comme les glands des chênes). Seul un auxiliaire animal est donc capable de disperser les graines et d’assurer la régénération naturelle de cette essence : le Cassenoix d’Amérique cueille les graines sur les cônes de pins, les transporte dans son jabot (près de 100 graines à la fois) et les enterre au sol sur un large périmètre. Chaque oiseau disperse ainsi jusqu’à 98 000 graines à l’automne ! Une grande partie de ces graines sont oubliées au sol et permettent à de jeunes pins de germer et d’assurer le renouvellement des forêts des Montagnes Rocheuses. Le film a été tourné dans le Parc de Yellowstone aux Etats-Unis et nous éclaire aussi sur les interactions trophiques entre les graines d’arbres et les différents animaux qui s’en nourrissent (oiseaux, rongeurs, ours, etc) Dans les Alpes, le Cassenoix moucheté (Nucifraga caryocatactes) est aussi connu pour avoir cette relation symbiotique avec l’Arolle (Pin Cembro – Pinus cembra) en zone de montagne. Voici un film du Muséum d’Histoire Naturelle réalisé en Vanoise :

Article Ornithomédia sur le reboisement des chênes par les geais

Ornithomédia, site web référence pour l’ornithologie en France, publie une interview de Quercus et Garrulus en abordant plusieurs aspects de la relation symbiotique entre les chênes et les geais et ses implications pour la régénération forestière. L’article accorde un éclairage particulier sur le dispositif de Semis Assistés par les Geais, ses aspects pratiques, son rôle économique et sa pertinence dans le cadre du changement climatique. A voir absolument en fin d’article la vidéo très explicite d’un geai pris en flagrant délit de cache d’un gland au sol (source : Philippe Boissel, naturaliste amateur) Lien vers l’article Ornithomédia :

Campagne de crowdfunding 2025: Plantons des chênes avec les geais.

A l’automne, chaque geai disperse 5000 glands de chênes dont la moitié restera en terre pour donner de jeunes arbres. Cette symbiose végétal-animal, vieille de millions d’années, permet aux chênaies françaises de se renouveler naturellement et gratuitement. Entre Septembre et Novembre, des forestiers, des bénévoles installent des tables à glands à destination des geais pour reboiser, enrichir, et adapter nos forêts. Cette technique appelée “Semis Assistés par les Geais” est aujourd’hui essentielle pour aider la migration et l’adaptation des chênes au changement climatique. L’association Quercus et Garrulus aide les forestiers à mettre en place les semis assistés en les conseillant, en organisant des collectes de glands, en fournissant des bacs et des pièges photos pour observer et étudier le travail des geais en action. En participant à notre campagne automnale, toujours plus de bacs à glands seront installés dans les forêts françaises. Lien vers la campagne de crowdfunding 2025 : https://www.helloasso.com/associations/quercus-et-garrulus/collectes/plantons-des-chenes-avec-les-geais

Vidéo du CNPF: Alexis Ducousso (INRAE) revient sur la reconquête des chênes en Europe grâce aux geais.

geai cnpf

Généticien à l’INRAE de Cestas, Alexis Ducousso revient, à la demande du CNPF, sur un sujet d’étude qu’il connait bien : la reconquête des chênes en Europe à la suite de la dernière glaciation (-13 000 ans). A cette époque, seul le sud de l’Espagne, de l’Italie et de la Turquie avait conservé quelques peuplements de chênes. La lente remontée des températures en Europe a permis à cette essence de remonter vers le nord à des vitesses assez importantes : en 7 000 ans, les chênes avaient recolonisé l’ensemble de l’Europe. Il apparait dans cette histoire le rôle disséminateur crucial du geai des chênes mais aussi des phénomènes de migration à très longue distance non encore élucidés. L’appétence particulière du geai pour les glands de chêne pédonculé (essence pionnière) n’est pas étrangère à la colonisation de nouveaux espaces par le chêne. C’est l’occasion pour Alexis Ducousso de rappeler qu’une très grande majorité d’essences de chênes européens sont thermophiles et sont autant de sources d’inspiration pour les forestiers dans leur réflexion à propos de la migration assistée face au changement climatique. Lien vers la vidéo :https://www.google.com/search?q=cnpf+la+reconquette+des+chenes&rlz=1C1CHBF_frUS840US840&oq=cnpf+la+reconquette+des+chenes&gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIKCAEQABiABBiiBDIKCAIQABiiBBiJBTIKCAMQABiABBiiBDIHCAQQABjvBdIBCTgyODhqMGoxNagCCLACAfEFHLMF_YZYsoE&sourceid=chrome&ie=UTF-8#fpstate=ive&vld=cid:fc11d955,vid:QI74rnZCJKs,st:0